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Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Avez-vous déjà lu un polar suédois ? Dans le premier des trois tomes de Millénium, on trouve tous les ingrédients du genre, à la sauce scandinave. Une histoire à tiroirs, où se croisent tueurs en série, anciens sympathisants nazis et industriels sans scrupules, mais aussi un journaliste obstiné et une enquêtrice qui ne s’embarrasse pas de principes. Il faut dire que la vie de l’auteur, Stieg Larsson, est à elle seule un roman...

Une étoile filante dans le ciel du Nord

La Suède, ses joueurs de tennis, son industrie florissante, son modèle social-démocrate prospère, ses paysages enchanteurs... Cette vision de carte postale, Stieg Larsson la fait voler en éclats dès les premières pages des Hommes qui n’aimaient pas les femmes, le premier volet d’une trilogie policière appelée Millénium. On y trouve en effet un ancien industriel retiré des affaires et obsédé par la disparition inexpliquée de sa nièce, quarante ans plus tôt, un journaliste économique condamné pour diffamation après avoir publié un article au vitriol contre un autre industriel, et une enquêtrice aux allures de punkette asociale spécialisée dans le piratage informatique.

La première caractéristique de Stieg Larsson, c’est qu’il prend son temps. Le roman est long (575 pages) et l’intrigue de départ relativement mince (qu’est devenue Harriett Vanger, disparue le 22 septembre 1966, sur une petite île coupée du reste du monde par un accident de camion qui obstrue l’unique pont vers le continent ?). Qu’à cela ne tienne : on va découvrir la saga de la famille Vanger (arbre généalogique à la clé), parcourir les zones d’ombres de l’étrange Lisbeth Salander (la punkette asociale) et prendre le temps de réfléchir longuement avec Mikael Blomkvist, le journaliste soudainement mué en biographe officiel.

Dans Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, le temps s’étire puis se contracte, et l’on suit en parallèle, comme dans un film au montage alterné, les découvertes de Lisbeth et de Mikael. Car la disparition de Harriett, comme on pouvait s’y attendre, est l’arbre qui cache une forêt particulièrement sordide qu’il serait bien imprudent de dévoiler au grand jour...

La vie de Stieg Larsson mériterait à elle seule un livre [1]. Auteur de fanzines de science-fiction, engagé dans le parti socialiste suédois, journaliste dans une agence de presse, il a créé une revue, Expo, qui se définit un observatoire du fascisme ordinaire. Il a ainsi écrit plusieurs livres sur l’extrême-droite suédoise.

En 2004, il décide de faire publier une trilogie policière, Millénium. Il n’aura pas le temps d’en voir le résultat final : il meurt d’une crise cardiaque en novembre avant même que le premier tome, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, ne paraisse en librairie.

Autant dire que, si vous prenez plaisir à lire Millénium, sachez que tout s’arrêtera après le troisième tome, qu’Actes Sud publiera dans le courant de l’année [2]. Lisbeth et Mikael sont orphelins, même s’ils sont entrés dans l’immortalité littéraire juste avant la disparition de leur créateur.

[1Voir l’article que lui consacre Wikipédia

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