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Mastodon écrasera-t-il Twitter ?

Lancé en octobre 2016 par le jeune allemand Eugen Rochko, le réseau social décentralisé et indépendant vient chasser sur les plates-bandes d’un Twitter envahi par la publicité. Pourquoi ne pas l’essayer ?

Six cent cinquante mille utilisateurs. Une goutte d’eau à côté de l’océan Twitter (plus de 300 millions). Mais c’est vingt fois plus qu’il y a un mois, et il y a, au moment où ces lignes sont écrites, une centaine de nouveaux inscrits par heure. Autant dire que Mastodon connaît une croissance exponentielle, due en France à deux articles de Numérama [1]. Mais c’est quoi, au juste ?

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L’idée, si j’ai bien compris, est de revenir aux sources du microblogging, avant que ce dernier ne soit envahi par les publicitaires et militants de toutes sortes. Et d’éviter par-dessus tout d’être dépendant des choix stratégiques d’une entreprise dont le but est évidemment de dégager du cash sans être trop regardante sur les moyens employés. Les dernières décisions prises par Twitter, faites pour inciter les utilisateurs à y passer plus de temps et pour contenter les entreprises (via les tweets sponsorisés, par exemple) sont en train de provoquer un mouvement de reflux. C’est là qu’arrive Mastodon.

Lancé en octobre 2016 par un jeune allemand de 24 ans, Eugen Rochko, Mastodon n’est pas un service (comme Twitter) ni même un réseau social proprement dit, mais un logiciel libre que tout un chacun peut installer sur son ordinateur. Dans ce cas, il est possible de créer une instance (il en existe déjà plusieurs milliers) décentralisée, à laquelle des utilisateurs vont s’inscrire. Le réseau social qui regroupe toutes les instances générées par Mastodon s’appelle Fediverse.

Par exemple, pour tester Mastodon, je me suis inscrit à une instance (c’est indispensable pour pouvoir démarrer). J’ai choisi celle de la Quadrature du Net en pensant qu’ils maîtrisent suffisamment le sujet. Et puis on se lance. La difficulté, quand on arrive quelque part, c’est qu’on ne connaît personne. Il faut donc commencer à reconstruire un embryon de réseau, et comme sur Twitter, le meilleur moyen est encore de s’abonner à des comptes qui nous disent quelque chose.

La grande différence entre le mammouth et l’oiseau bleu, outre que l’industrie et la pub ne s’y intéressent pas encore, c’est la taille des messages. Passons sur la terminologie un brin neuneu (on dit toots ou pouets au lieu de tweets) et attardons-nous sur les 500 signes généreusement accordés (au lieu des 140 sur Twitter). Voilà qui permet d’entrer dans les détails plus facilement sans être gêné aux entournures, avec des phrases construites proprement. En termes journalistiques, 140 signes est le calibrage d’un chapeau. 500, c’est déjà une brève.

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L’autre aspect intéressant, c’est que les utilisateurs de Mastodon sont pour la très grande majorité des gens intéressés par la problématique du logiciel libre, de la protection des données individuelles et plus généralement d’un Internet citoyen et collaboratif plutôt que marchand et colonisé par les fake news. J’y ai d’ailleurs retrouvé bon nombre d’inscrits sur le réseau SeenThis, qui reste pour l’heure ultraconfidentiel.

Reste à voir ce que deviendra Mastodon sur la durée. Concurrencera-t-il un jour Twitter ? Pas sûr. Mais si déjà il peut exister comme alternative bienvenue et stimulante, et poser quelques jalons de ce que pourrait être l’Internet de demain (celui des communs, des fablabs et du partage de la connaissance), ce serait déjà beau.

En attendant, vous pouvez me suivre sur Mastodon ici. Bienvenue !

[1Lire l’article http://www.numerama.com/tech/246010...] et de Framasoft.

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